En route vers l’économie régénératrice

Aujourd’hui, plus de 80 % de la population mondiale vit dans des pays en déficit écologique, c’est-à-dire dans des pays qui utilisent plus de ressources que ce que leurs écosystèmes peuvent régénérer. Or, nous n’avons qu’une planète habitable et d’après les prévisions de l’ONU, la population mondiale devrait croître de 7,5 milliards d’individus à 10 milliards d’ici 40 ans. Comment accueillir une telle population alors que partout les signaux de l’état des ressources sont au rouge ?


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Catherine Champagne

Impact Investing Coordinator
Senior Relationship Manager

Depuis 1970, soit depuis presque un demi-siècle, l’humanité est entrée chaque année en déficit écologique en creusant sa dette tous les ans vis-à-vis de la nature. À l’échelle mondiale, nos comportements de consommation requièrent aujourd’hui l’équivalent des ressources naturelles produites par 1,7 planète par an. Le modèle de consommation des Américains étendu à la population mondiale exigerait 5 planètes, celui des Européens, 3 planètes.

La question qui gouverne le maintien de la vie pour les humains sur terre tourne autour de la nature du rôle de l’Homo sapiens dans l’évolution : sommes-nous censés être des observateurs passifs ? Notre rôle est-il de conserver ce qui reste de la nature ? Est-il de notre responsabilité de réduire l’impact des dommages que nous causons ? Ou devons-nous être des participants positifs et actifs pour un avenir viable à long terme ?

Une nouvelle approche

Au stade actuel, il est essentiel, mais insuffisant, de minimiser ou de neutraliser l’impact humain. Les dégâts causés par notre modèle sont tels qu’il est urgent de changer notre manière de produire en polluant et de consommer en gaspillant. Une approche régénérative est nécessaire, à savoir une démarche qui vise non seulement à inverser la dégénérescence des systèmes naturels de la Terre, mais aussi à concevoir des systèmes humains qui peuvent co-évoluer avec les systèmes naturels, c’est-à-dire évoluer d’une manière qui génère des avantages mutuels et une meilleure résilience du vivant.

L’économie régénératrice, idée développée par Guibert del Marmol (Chaire en économie régénératrice de l’UCL) et inspirée du concept de la « restorative economy » lancé il y a 20 ans par Paul Hawken, un des pères fondateurs de la conscience durable aux États-Unis, et de l’économie symbiotique développée par Isabelle Delannoy, vise à réconcilier l’économie, l’écologie et l’investissement. Elle repose sur 5 éléments, à savoir :

Le Local quand c’est possible car il sécurise l’emploi et peut diminuer les émissions carbone. Un euro dépensé dans une entreprise locale tend à générer 2 à 4 fois plus d’avantages économiques – emplois et salaires compris – qu’un euro dépensé dans une entreprise non locale. Aujourd’hui, les biens voyagent en moyenne de plus de 3.000 km entre le producteur et le consommateur. Est-il responsable de consommer des pommes d’Australie quand elles poussent dans nos jardins ?

La Ruche qui dit Oui, une société qui vise à rassembler de façon hebdomadaire les consommateurs avec les agriculteurs et les artisans locaux pour leur proposer leurs produits est un bel exemple de société qui favorise le local.

Le Collaboratif, modèle économique basé sur l’échange et le partage entre particuliers.

Le projet Wikipédia, fondé en 2001 par Jimmy Wales, fut d’abord raillé : comment des anonymes peuvent-ils produire une connaissance de qualité alors que les grandes encyclopédies tirent leur crédibilité de la sélection sur le volet des experts qui y participent ? En 2005, un article de la prestigieuse revue Nature lançait un pavé dans la marre : Wikipédia serait aussi fiable que Britannica longtemps référente. En 2016, Wikipédia existait en 230 langues et comptait plus de 30 millions d’articles.

Le crowdsourcing où dès les premiers pas le futur consommateur potentiel participe au développement d’un produit pour être ensuite éventuellement amené à participer aux bénéfices et/ou partager la propriété de ce produit avec le fabricant en est une belle illustration.

La Circularité, qui vise à transformer les déchets en véritables ressources. Le déchet d‘une industrie devient ainsi la matière première d’une autre. L’économie circulaire est une économie de boucles favorisant la durée de vie des produits, leur réutilisation, leur réparation, et le recyclage des matériaux qui les composent. Des 92,8 milliards de tonnes de ressources exploitées pour faire tourner l’économie mondiale en 2015 (34,4 kilos par personne par jour, sans compter l’eau), seulement 8,4 milliards soit 9,1 % venaient d’une quelconque forme de réutilisation, alors que le 84,4 restant était “extrait” de la nature. Au cours des années à venir, l’économie circulaire pourrait générer des milliards d’euros d’économie, des nouveaux emplois et une réduction massive des gaz à effet de serre.
Le Fonctionnel, c’est-à-dire l’usage d’un produit au lieu de la propriété. Dans un modèle économique classique, une entreprise peut augmenter ses bénéfices en réduisant le cycle de vie des produits et en programmant leur obsolescence. Dans une démarche fonctionnelle, au contraire, comme le fournisseur reste le propriétaire de son bien et le met en location, il a tout intérêt à en prolonger la durée de vie. Il va limiter au maximum la dégradation des matériaux pour réaliser le maximum de cycles de vente avant leur envoi à la décharge.

L’entreprise Michelin est ainsi passée, pour ses pneus de poids lourds de haute technologie, de leur vente à celles des kilomètres parcourus. L’offre est d’autant plus intéressante pour le client qu’elle prend en compte l’ensemble des contraintes qui y sont liées : le montage, mais aussi la surveillance, l’usage, l’optimisation de la consommation de carburant au kilomètre (gonflage des pneus, optimisation du poids, formation à l’écoconduite, etc.). Ce faisant Michelin a diminué de plus de trois fois sa consommation de matière et a augmenté sa marge. De leur côté, les clients ont vu leurs coûts de ce poste baisser de 36 % et ceux de carburant au kilomètre de 11 %. Depuis Michelin a augmenté sa part de marché de 50 % en Europe.
Un autre exemple est celui du constructeur automobile BMW, qui a lancé un service de mobilité en autopartage Drive Now. Les utilisateurs peuvent localiser, déverrouiller et démarrer des voitures à l’aide d’une application pour téléphone portable puis les conduire sur base d’une facturation à la minute. DriveNow permet au client de réserver la voiture à partir d’un préavis de quelques minutes. Les voitures peuvent être récupérées et laissées là où le client le souhaite. Le service offre aux clients un potentiel d’économies significatif par rapport au coût de possession d’une voiture. DriveNow estime qu’en moyenne une voiture n’est utilisée qu’à environ 4 % du temps et comme la moitié de la population mondiale vivra dans les villes d’ici 2050, le stationnement deviendra de plus en plus difficile. Les citadins sont de plus en plus à la recherche de solutions de rechange à la propriété. L’autopartage d’un seul de ces véhicules a le potentiel de remplacer des douzaines de voitures.

Le Biomimétisme, c’est-à-dire s’inspirer de ce que nous apprend la nature dans sa capacité d’adaptation.

Par exemple, l’observation du mode de communication des abeilles et des fourmis a permis de développer des algorithmes plus efficients de diffusion de l’information. Ou encore la fonderie Alveotec, en France, qui s’inspire des architectures pontées de l’os des organismes planctoniques à coquille siliceuse pour alléger les pièces métalliques qu’elle fabrique. Ces structures pontées permettent de diminuer les quantités de métal utilisé de 80 à 90 % et d’augmenter la résistance à la casse.

« L’économie régénératrice vise à réconcilier l’économie, l’écologie et l’investissement. »

Comment participer à cette économie régénératrice ?

Vous pouvez, en tant que consommateurs mais également en tant qu’investisseurs, privilégier, à travers l’impact investing, les sociétés qui construisent et participent à l’émergence d’un nouveau paradigme économique à savoir celui de l’économie régénératrice.

Bibliographie

• « Sans plus attendre ! » de Guibert del Marmol
• « L’économie symbiotique » d’Isabelle Delannoy
• « Regenerating the whole : From living buildings to building life » (Jason F.Mc Lennan and Bill Reed)
• « Regenerative Development and Design » (Pamela Mang, Bill Reed, Regenesis Group and Story of Place Institute. Chapter 303 Encyclopedia Sustainability Science & Technology, 2112).
• Circular Economy Gap report, https://www.circle-economy.com/the-circularity-gap-report-our-world-is-only-9-circular/#.W57LyS3pM6g

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