Jusqu’où ira la hausse des taux d’intérêt ?

Les taux d’intérêt à long terme ont repris leur ascension.
Cette remontée arrive à un moment où des questions se posent sur la vigueur de l’économie mondiale. Jusqu’où la hausse des taux peut-elle aller ? La croissance économique est-elle suffisamment solide pour la faire durer ?


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Jérôme van der Bruggen

Head of Investments Strategy

Après plusieurs trimestres de croissance forte de l’économie mondiale (frôlant même – aux États-Unis – avec les niveaux atteints avant la crise financière), nos économistes s’attendent à ce que la croissance ralentisse et que nous retournions vers un tempo plus modéré. Les nouvelles barrières tarifaires, le ralentissement en Chine, et – aux États-Unis – l’impact des stimuli fiscal et monétaire touchant à leur fin plaident en ce sens. Cela étant dit, la croissance économique mondiale continue de bien se tenir et ralentissement ne veut pas dire récession. Le marché du travail se renforce, surtout aux États-Unis, et, si la production industrielle et les volumes commerciaux semblent ralentir, les secteurs des services affichent une croissance forte.

Si ces prévisions se réalisent, il y a de fortes chances que la progression des taux d’intérêt continue d’être, elle aussi, modérée. Certes, l’inflation continue d’augmenter surtout aux États-Unis, où la pression à la hausse sur les salaires commence à se faire sentir, mais il n’y a, à ce stade, pas de raison de penser que la hausse des prix devienne incontrôlable, surtout si la croissance ralentit. En Europe, s’il est peu probable que nous restions à des niveaux de taux d’intérêt dignes d’une dépression, il n’est pas non plus d’actualité d’envisager des niveaux de taux dépassant les 1 % en Allemagne.

Les actions restent globalement attractives

Pour notre stratégie, un tel développement a deux conséquences. La première est que le retour d’un scénario de croissance et de hausse des taux tous deux modérés continue d’être favorable aux actions. Ce scénario est d’ailleurs similaire à celui que nous avions avant l’accélération provoquée entre autres par les mesures de relance fiscale implémentées fin 2017 par l’administration américaine. Les rendements attendus pour les actions restent dans leur ensemble supérieurs aux taux. Ceci est d’autant plus vrai que le cycle bénéficiaire reste solide. Au niveau mondial, une croissance des bénéfices d’environ 10 % est attendue en 2019 (d’après le consensus des analystes financiers calculé par IBES). Certes, ce chiffre est inférieur à celui de 2018 (environ 15 %) qui bénéficie d’un impact disproportionné de la croissance bénéficiaire aux États-Unis (23 %) grâce à la baisse d’impôts. L’année prochaine, la croissance des bénéfices devrait être mieux répartie entre les zones géographiques.

Source : Thomson Reuters Datastream, Degroof Petercam

Réduction de notre position en actions

La seconde conséquence est qu’une position « surpondérée » en actions, position que nous avons tenu jusqu’il y a peu, n’est probablement plus justifiée. Nous avions baissé notre position en actions en juin par peur d’escalade de tensions commerciales et nous la maintenons donc. Elle est aujourd’hui « sous-pondérée ». En baissant nos poids en actions, nous avons réduit l’Europe et sommes aujourd’hui « neutres ». Certes, l’Europe bénéficie d’une prime de risque très élevée mais pour que l’Europe décolle, il faut que les réformes structurelles nécessaires à l’achèvement des fondations de l’intégration européenne se réalisent. Après l’élection d’Emmanuel Macron, nous avions espoir qu’une fenêtre d’opportunité s’ouvrait. Mais aujourd’hui, l’agenda européen est chargé de dossiers différents (budget, politique migratoire, Brexit) qui semblent prendre le pas sur la mise en place de ces réformes. En plus l’alignement des étoiles si favorables à l’Europe (prix du brut bas, taux bas, liquidité abondante) n’est plus présent. Cela étant dit : l’Europe continue de se traiter à une large décote par rapport aux États-Unis et la reprise est toujours en cours. « Neutres » ne veut pas dire « sous-pondérés ».

Source : MSCI, Datastream SG Cross Asset Research/Equity Strategy

La performance des marchés émergents a souffert de la crise de change en Argentine et en Turquie ainsi que des effets du ralentissement chinois. Nous avons profité de cette baisse pour racheter des actions de ces pays, mais restons « sous-pondérés » car nous pensons que les effets du ralentissement chinois ne sont pas encore tout à fait derrière nous.

Facteurs de risque

Quels sont les facteurs de risque que nous surveillons de près et comment les appréhendons-nous dans les portefeuilles ? Le premier risque est celui d’une croissance désynchronisée (c’est-à-dire où seuls les États-Unis connaissent la croissance alors que la Chine et/ou l’Europe continuent de s’affaiblir). Cela pourrait causer une crise de change dont le dollar sortirait sans-doute gagnant… C’est pourquoi nos portefeuilles diversifiés détiennent du dollar. Le second risque est celui d’un ralentissement de la croissance et d’un démarrage de l’inflation sous l’effet des pressions salariales aux États-Unis. Un tel scénario pousserait probablement les taux d’intérêt réels en territoire négatif et serait favorable à l’or et aux obligations indexées à l’inflation.

En résumé

Si nous sommes devenus plus prudents et avons réduit nos pondérations en actions, nous pensons que le cycle de croissance économique et de hausse des taux modérés n’est pas encore terminé et qu’investir en actions est toujours justifié. Ces investissements sont réalisés dans des portefeuilles diversifiés qui détiennent aussi des obligations indexées à l’inflation, du dollar et de l’or.

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