La technologie comme réponse aux enjeux environnementaux

Brûlons les machines ! Depuis la première révolution industrielle, la technologie est une force controversée et génératrice de forts clivages, bien souvent entre… les perdants et les gagnants des avancées technologiques. L’adoption des machines à tisser a donné naissance au mouvement des luddistes (1), groupe de tisserands anglais du XIXe siècle qui détruisaient ces machines en guise de protestation. Ils craignaient que le temps consacré à l’apprentissage des compétences liées à leur métier ne soit perdu en raison de leur remplacement par des machines dans l’industrie. Le terme « luddisme » est désormais un terme général désignant des personnes qui critiquent les technologies nouvelles voire s’y opposent frontalement. Qu’en est-il aujourd’hui ?

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Quirien Lemey

Fund Manager International Equity

Vers un néo-luddisme face à la robotique ?

Nous sommes actuellement confrontés à un progrès technologique similaire : la robo­tique. Celle-ci englobe aujourd’hui les bandes transporteuses qui fabriquent des voitures, avec des bras robotisés – et une intervention humaine limitée – mais aussi, après-demain, les robots humanoïdes qui « assembleront » votre pizza à la pizzeria. En attendant, le nombre de robots industriels au niveau international a augmenté de 72 % au cours des dix dernières années, alors que l’emploi manufacturier américain est, lui, en baisse de 16 %. Une étude récente a clairement établi que l’emploi et les salaires étaient en recul dans les régions des États-Unis où un plus grand nombre de robots étaient déployés (2). Ce qui donne en partie raison aux néo-luddites.

Des failles dans la révolution 4.0

Le nombre élevé de cyberattaques à grande échelle est une autre évolution préoccupante. On sait désormais que l’élection de l’homme le plus puissant de la planète, le président des États-Unis, a été influencée par un scandale de piratage informatique. Autre effroi : WannaCry, ce virus qui a infecté plus de 200.000 ordinateurs dans le monde en cryptant des données personnelles et en exigeant une rançon ! Dans notre monde de plus en plus connecté, les problèmes de confidentialité des données se multiplient. À tel point que bon nombre de grandes multinationales internationales fuient la plateforme Youtube parce que leurs publicités apparaissent en compagnie de contenus « inappropriés ». Sans parler du géant Facebook qui collecte des milliards de données personnelles qui lui sont apportées très bénévolement par ses utilisateurs…à leur insu. Ou presque.

Un impact pas nécessairement négatif…

Sans vouloir minimiser l’importance des problèmes mentionnés, on peut affirmer que les avantages de la révolution post-industrielle dépassent largement ses inconvénients, si on se concentre sur son impact environnemental, un des volets des critères ESG (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance).

Nous avons tous vu ces images marquantes d’icebergs qui fondent. C’est un fait. Toutefois, comme on le voit sur ce images, cette évolution climatique laisse la place à une flore et une mousse saisonnière qui font de l’Antarctique un territoire de plus en plus vert. Avec d’autres opportunités de protection environnementales à l’avenir, sans doute.

… voire clairement positif

La technologie contribue de multiples manières à rendre l’environnement plus propre. Certaines sont évidentes, d’autres le sont moins. Prenons par exemple la loi de Moore, l’observation selon laquelle le nombre de transistors présents sur une puce double tous les deux ans. Fondamentalement, cette évolution permet à nos smartphones de voir leur épaisseur et leurs dimensions diminuer au fil du temps. En d’autres termes, vous pouvez en faire deux fois plus avec une puce de taille identique ou vous pouvez faire les mêmes choses avec une efficacité énergétique deux fois plus élevée.

Presque tous les appareils du monde, des appareils électroniques aux machines industrielles, contiennent des semi-conducteurs. Rendre ces puces plus efficaces sur le plan énergétique apporte indubitablement une contribution majeure à l’environnement. Par exemple, les semi-conducteurs de puissance transmettent l’énergie d’une batterie à un moteur. En ce qui concerne l’efficacité de la conduite et le kilométrage, l’attention se porte principalement sur les batteries. Toutefois, les semi-conducteurs de puissance les plus récents permettront à eux seuls au dernier modèle de Tesla de parcourir plusieurs dizaines de kilomètres supplémentaires.

Des frigos… pour freiner le réchauffement climatique

Un cinquième des émissions mondiales de carbone sont produites par le secteur résidentiel. Selon Schneider Electric, le chauffage, la ventilation et l’air conditionné peuvent représenter plus de 40 % de la consommation d’énergie dans de nombreux bâtiments et de nombreuses installations. Ces appareils consomment 30 % d’énergie de moins lorsqu’ils utilisent la nouvelle technologie de l’onduleur, qui contrôle la tension. Pour prendre une comparaison, en utilisant cette nouvelle technologie, ce serait comme rouler à 100 km à une vitesse constante et sans elle, parcourir la même distance à la même vitesse moyenne, mais en alternant entre pédale de gaz au plancher et pédale de gaz entièrement relâchée. Ce dernier cas de figure est précisément le mode de fonctionnement de nombreux vieux frigos, et la technologie de l’onduleur est peu répandue sur les marchés émergents, en particulier.

Des objets connectés… pour éviter le gaspillage d’eau

Deuxièmement, la numérisation des industries, c’est-à-dire l’Internet industriel des objets, consiste à connecter entre eux des appareils, des machines, des véhicules et d’autres objets en vue de collecter et/ou d’échanger des données. Nous pensons qu’il s’agit d’un tournant dans la manière dont le monde fonctionne et qu’il s’agira d’un changement radical s’agissant d’améliorer l’efficacité de divers secteurs. L’infrastructure de distribution d’eau vieillissante aux États-Unis démontre tout son potentiel. Actuellement, jusqu’à 15% de la distribution d’eau publique est perdue dans les canalisations de distribution. L’utilisation de canalisations connectées et d’un logiciel de contrôle permettrait de trouver aisément l’origine de ce scandaleux gaspillage d’eau potable. Sachant que la demande en eau potable sera supérieure à l’offre à l’horizon 2030 et que 3,9 milliards de personnes vivront dans une situation de stress hydrique grave d’ici 2050, on comprend la gravité du problème et le rôle très positif que peut jouer la technologie.

Une industrie pétrolière plus propre

Examinons maintenant le secteur du pétrole et du gaz, qui a déjà numérisé les gisements pétroliers au cours de ces dernières années. Néanmoins, la plupart des gisements sont anciens et seule une valeur limitée est actuellement extraite d’un grand nombre de gisements numériques, c’est-à-dire équipés d’un contrôle à distance. Une étude réalisée par McKinsey en 2015 a montré qu’une plateforme pétrolière offshore ordinaire comptait 30.000 capteurs, mais que seul 1 % d’entre eux était effectivement utilisé. Les gisements entièrement numérisés génèrent des fuites d’hydrocarbures moins importantes dans l’air ou dans la mer. Contrôlés à distance, ils n’ont besoin que d’une main-d’œuvre limitée, voire nulle à certains endroits dangereux comme les plateformes en haute mer, ce qui réduit également le nombre d’accidents humains. On pourrait même affirmer que l’explosion survenue sur la plateforme Deepwater Horizon aurait pu être évitée si une maintenance prédictive adéquate avait été assurée.

Pour conclure

Ces quelques exemples d’impact de la technologie sur notre environnement relèvent de la perception « du verre à moitié plein ou à moitié rempli ». Bon nombre de gens ont tendance à se considérer comme relativement désarmés, à titre individuel, face aux nombreux défis auxquels notre planète est actuellement confrontée. Cependant, en tant que gestionnaires responsables, il est de notre exigence éthique de jouer un rôle volontariste pour contribuer à l’émergence d’un monde plus durable, notamment en sélectionnant rigoureusement des entreprises qui prennent leur part dans cet enjeu ESG.

1 Mouvement déclenché par Nedd Ludd, un ouvrier anglais qui aurait détruit deux métiers à tisser en 1780.
2 Acemoglu and Restrepo, “Robots and Jobs: Evidence from U.S. Labor Markets”, National Bureau of Economic Research, Working Paper No. 23285, mars 2017.

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