Le marché de l’art garde la cote

Les grandes foires d’art ancien et d’art contemporain, généralistes ou très spécialisées, ont fermé leurs portes à Bruxelles, Paris, Londres, New York, Miami, Maastricht. Pour les amateurs et les collectionneurs, d’autres rendez-vous importants se préparent pour cette seconde partie de l’année. L’occasion de dresser un bilan de cette saison et de dégager les lignes de force du marché de l’art pour les mois à venir.

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Hubert d’Ursel

Head of Art Advisory

Un marché qui croit… en la qualité

En 2016, le marché de l’art a généré un chiffre d’affaires de 45 milliards de dollars, soit une légère croissance de 1,7 %. Il s’agit ici d’un montant global au niveau mondial incluant tant les ventes des galeries que celles des salles de vente. L’art moderne et l’art contemporain représentent 47,50 % de ce montant, avec cependant une baisse de 5,50 % par rapport à 2015. Ce repli est principalement dû à un fort recul des ventes « blockbusters » du marché de l’art contemporain en salles de vente en 2016.

Faut-il y voir l’éclatement d’une bulle spéculative qui avait enflé précédemment sur quelques signatures ? L’arrivée de nouveaux grands acheteurs asiatiques, russes et moyen-orientaux a, à l’évidence, fait flamber certaines cotes ces dernières années. Comme tout excès, le marché a naturellement corrigé et est revenu à des niveaux plus rationnels. Dans l’art contemporain aussi, les valeurs établies échappent à ces soubresauts. Leur cote est certes élevée – qualité et rareté obligent – mais nettement moins volatile. La récente vente-record chez Sotheby’s à New York d’un tableau de Jean-Michel Basquiat pour 110,5 millions de dollars par un collectionneur japonais de 41 ans illustre ce constat.

Recul des salles de vente

On a connu en 2016 un renversement de tendance au niveau du circuit d’acquisition : les salles de vente ont perdu 18,75 % en parts de marché sur une seule année par rapport aux galeries. Une baisse sensible. Trois facteurs expliquent ce phénomène. Primo, en art ancien et moderne, les nombreux records de 2015 ont, en quelque sorte, asséché le marché dans les salles de vente. Secundo, la discrétion (privacy) que recherchent les importants collectionneurs est devenue un enjeu de taille. La publicité – dans la presse également – autour des grandes ventes éloignent ceux-ci des Sotheby’s et autres Christie’s. À tel point que ces grandes enseignes ont dû créer ce qui s’apparente à des ventes privées pour garantir l’anonymat de leurs clients. Enfin, en 2016, 700 nouveaux musées ont vu le jour, en majorité en Chine et en Asie ! Or, ceux-ci sont friands de grandes pointures dans toutes les disciplines. Mais contrairement à des propriétaires privés, leur processus d’acquisition est beaucoup plus long ; ce qui favorise les transactions avec les galeries. Il faut aussi noter que l’émergence de ces nombreux nouveaux acteurs – qui se constituent des collections – a permis de faire monter les prix en art contemporain.

« Le marché de l’art est devenu un village mondial. »

HUBERT D’URSEL

De belles opérations, mais peu de bulles

Depuis 2000 – date du début du krach du Nasdaq – la confiance dans le marché de l’art n’a jamais faibli. Un marché en croissance depuis… 17 années ! Même en 2008 et 2009, durant la crise financière, la résistance a été plus forte que pour d’autres valeurs mobilières. La raison ? Les vendeurs d’art se sont retenus de placer leurs collections sur le marché. Ce qui a entraîné un fort recul des ventes sur une très courte période. La confiance étant revenue assez rapidement, cette retenue a permis d’éviter un mouvement de vente panique, à la baisse, et un krach.

Ce mécanisme « auto-protecteur » immunisera-t-il ad vitam aeternam le marché de l’art des soubresauts géopolitiques récents ? Nul ne peut le prédire, mais la spécificité de ce marché bien particulier – et la maturité de ses acteurs – lui a permis de tirer son épingle du jeu. Mieux même, de servir de ballast en cas de forte houle pour équilibrer les patrimoines. Malgré Trump, le Brexit, les élections françaises, les prix record en 2017 pour des artistes comme René Magritte, David Hockney et Gerhard Richter confirment que ce marché trace sa route malgré les turbulences. 2017 sera donc un très bon cru pour les galeristes et pour les salles de vente. Sotheby’s, Christie’s et Bonhams, le trio londonien a engrangé 621 millions d’euros en art moderne et contemporain en février 2017, soit une somme 70 % plus élevée qu’en 2016 !

Un marché global… qui se rétrécit

Autre constat : le marché de l’art est devenu un village mondial. Nouveaux musées, nouveaux milliardaires, old et new money sont à l’achat. Certains pour le prestige, d’autres pour le plaisir, d’autres encore pour diversifier leur patrimoine.

Dans cette cour, la concentration d’intérêts se porte sur un « petit » noyau d’artistes à la signature de renom. Les grands-maîtres en art ancien et les « nouveaux classiques » en art contemporain gardent, seuls, la cote et la confiance des acheteurs. Or, au cours de ces dix dernières années, on peut compter sur les doigts d’une main les « nouvelles stars » qui percent en art contemporain, hors sérail. C’est le cas pour Peter Doig ou Adrian Ghenie. Étonnant aussi de constater que quelques artistes modernes « anciens » comme David Hockney et Yayoi Kusama, reviennent à la mode et voient leurs œuvres portées aux nues. C’est aussi cette rareté qui fait que, malgré certaines surchauffes sporadiques, ce marché restreint n’a pas connu de bulle. Les bulles sont en effet le fait d’un emballement simultané et massif pour de nombreux actifs. Ce n’est, sauf exception, pas le cas dans le domaine de l’art.

En 2016, parmi le top 20 du marché d’art contemporain, six sont chinois, dont Zhan Daqian qui à lui seul a rapporté 324 millions de dollars et se situe dans ce classement à la deuxième place juste derrière Pablo Picasso !

La Chine

Sans surprise, emportée par ses tycoons, la Chine se taille la part du dragon du marché des achats en salle de vente avec 6,81 milliards de dollars en 2016 sur ce segment, avec ses 40 % de part de marché. L’Europe tient la deuxième place avec 31 % et les États-Unis la troisième avec 27,5 %. Les acheteurs chinois sont très actifs en art… chinois, principalement pour leurs peintres modernes, la porcelaine ancienne, les bijoux et l’art contemporain chinois. On notera que ce marché devient de plus en plus mature et qu’il est moins porté par la spéculation et les effets de mode.

Chose significative également : l’appétit chinois pour l’art ne se limite pas aux œuvres proprement dites, mais aussi aux circuits de vente… En juillet 2016, le milliardaire Chen Dongshen, CEO de Taikang Life Insurance, a pris une participation de 13,5 % dans Sotheby’s ; ce qui en fait l’actionnaire le plus important !

En conclusion

Durant presque deux décennies, traversant de fortes turbulences économiques, financières et géopolitiques, le marché de l’art a montré une capacité de résilience tout à fait remarquable. Avec ce track record, les œuvres d’art ont démontré qu’elles avaient un rôle positif, non seulement pour leur valeur esthétique, mais aussi comme actif de diversification au sein d’un patrimoine. À condition de bien comprendre les fondamentaux et les spécificités du marché de l’art et, pour ce faire, d’être bien conseillé. C’est précisément notre rôle et notre expertise au sein de Banque Degroof Petercam.

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