Wealth ReviewPrintemps 2019

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Asie : pourquoi les perspectives sont-elles favorables à long terme ?

Le poids de l’Asie émergente devient de plus en plus important dans l’économie mondiale. Alors que la région ne représentait que 7 % de l’économie mondiale en 2000, selon le Fonds Monétaire International, elle atteindra plus d’un quart en 2022. Ce développement est dû à un taux de croissance économique plus élevé en Asie que dans le reste du monde. Gardera-t-elle cet avantage dans les prochaines années ?

Alexandre Gauthy

Macroeconomist Bank Degroof Petercam Luxembourg

Un taux de croissance économique structurellement plus élevé en Asie que dans le monde peut être attribué aux deux facteurs explicatifs de la croissance à long terme : la démographique et les gains de productivité.

Démographie

Aujourd’hui, environ 60 % de la population mondiale vit en Asie. Avec un taux de 0,9 % attendu pour cette année, la croissance démographique annuelle asiatique dépasse celle de l’Europe (proche de 0 %), des Etats-Unis (+07 %) et du Japon (-0,25 %). L’Afrique reste le continent où la croissance démographique est la plus forte (+2,5 %). Selon les Nations-Unies, de 2020 à 2030, la population mondiale augmentera de 755 millions de personnes -soit environ la taille actuelle de la population européenne-, et l’Asie à elle seule sera responsable de 43 % de cette hausse. Par conséquent, la démographie favorable en Asie est l’un des deux éléments qui explique pourquoi le continent asiatique devrait bénéficier d’une croissance économique plus élevée que la croissance mondiale au cours des prochaines années. Cependant, un profil démographique positif ne suffit pas à lui seul à accroître la production. Il faut en même temps que les économies puissent générer des emplois pour ces nouvelles personnes qui rentrent sur le marché du travail et que ces emplois soient également plus productifs.

Gains de productivité

Les gains de productivité constituent le deuxième pilier de développement économique à long terme. Si le nombre de travailleurs dans un pays ainsi que le nombre d’heures prestées restent inchangés, la production totale n’augmentera que si la productivité par heure de travail progresse. La productivité est fortement influencée par le capital, la compétence de la main d’œuvre et par le progrès technologique. Elle est l’élément déterminant des salaires réels et du niveau de vie. Le taux d’épargne relativement important des pays asiatiques explique en grande partie les gains de productivité supérieurs en Asie par rapport aux autres régions. Ce taux élevé permet de financer directement ou indirectement – via le crédit bancaire – les investissements de long terme nécessaires à l’amélioration de la productivité de l’économie. La grande majorité des pays asiatiques ont un taux d’épargne brut supérieur à la moyenne mondiale. Au contraire, une économie à taux d’épargne faible privilégie la consommation à court terme au détriment des investissements.

Classification de la Banque Mondiale

En général, les pays africains disposent d’une large population jeune rentrant sur le marché du travail, mais l’instabilité politique, la corruption, le manque de lois protégeant les investisseurs et la lourdeur administrative de certains pays peuvent décourager les investissements, ce qui constitue un frein dans leur développement économique. La Banque Mondiale publie chaque année une classification des pays en fonction de leur facilité à y développer des affaires. Elle étudie un certain nombre de critères primordiaux pour le bon déroulement des affaires, comme par exemple la résolution des faillites, le cadre légal entourant la création d’entreprises (encourageant ou non l’esprit d’entreprendre), l’état des infrastructures, la facilité d’octroi d’un crédit bancaire, la gouvernance d’entreprise, etc. Sans surprise, les pays développés figurent en tête de ce classement. Un grand nombre de pays asiatiques se placent relativement bien (Malaisie 15e place, Thaïlande 27e,  Chine 46e, Vietnam 69e, Indonésie 73e, Inde 77e). En revanche, la plupart des pays africains se retrouvent dans le bas du classement. Un meilleur climat des affaires en Asie explique donc en grande partie la raison pour laquelle le taux de croissance de l’économie asiatique a été supérieur au taux de croissance africain au cours des 10 dernières années, malgré un facteur démographique plus favorable en Afrique.

Convergence des niveaux de vie

Au fur et à mesure que les pays se développent économiquement, les revenus et la consommation des ménages progressent. L’exemple contemporain le plus parlant est la Chine, qui a connu une augmentation remarquable de sa richesse nationale au cours des dernières décennies. Alors qu’en 1990, le niveau de pouvoir d’achat par tête ne s’élevait qu’à 4 % de celui des Etats-Unis, en 2017, il avait atteint 28 % du niveau des Américains. Cette convergence des niveaux de vie, où les pays émergents rattrapent progressivement celui des pays développés, a été rendue possible par la globalisation, à travers la mobilité des capitaux et les échanges commerciaux internationaux. L’augmentation de la richesse par habitant observée dans les pays asiatiques au cours des dernières années signifie-t-elle que le niveau de vie de ces pays va indéniablement rattraper celui du monde développé ?

Par forcément! La convergence du revenu par habitant des pays en voie de développement vers celui des pays les plus riches n’est pas prédestinée. Le risque principal pour le futur de la consommation asiatique est que la Chine, ayant atteint le statut d’économie à revenu intermédiaire, reste piégée dans la trappe du revenu moyen et ne parvienne pas à atteindre le stade d’économie à haut revenu. Selon une étude publiée par la Banque Mondiale en 2012, sur 101 économies qui se trouvaient au stade de revenu intermédiaire en 1960, seulement 13 d’entre elles ont pu atteindre celui de revenu élevé, alors que le niveau de vie des autres nations a stagné depuis lors. Cette trappe semble donc être la norme plus que l’exception.

Risques et défis

De plus, le contexte actuel de tensions commerciales entre la Chine et les Etats-Unis constitue également un risque pour la convergence future des revenus si les Américains empêchent les entreprises chinoises d’accéder à des produits américains et à des technologies qui sont indispensables au développement de la Chine. D’un autre côté, la Chine investit de manière considérable en recherche et développement, et avance en matière d’innovation technologique. La Chine pourrait donc rester piégée dans la catégorie d’économies à revenus intermédiaires, incapable de concurrencer les pays à bas salaires pour les biens manufacturiers bas de gamme destinés à l’exportation, ou de concurrencer les économies avancées sur base de technologies innovantes.

Pour conclure, les éléments suivants devraient contribuer à une hausse plus rapide de la consommation asiatique dans les prochaines années que dans les autres régions du monde : l’Asie bénéficie d’un profil démographique solide en comparaison à la zone euro et au Japon, et deuxièmement, la croissance de la productivité du travail en Asie devrait rester supérieure à celle des autres grandes régions. Par conséquent, les ménages asiatiques tirent profit de la prospérité de la zone, ce qui leur permet de consommer d’avantage. Le défi majeur dans les années à venir pour la Chine sera d’éviter le piège du revenu intermédiaire. Pour y échapper et atteindre le statut d’économie à haut revenu, l’innovation technologique et la montée en gamme de l’économie chinoise sont les facteurs clés.

Poids neutre

Nous avons récemment rehaussé le poids des actions des marchés émergents de « sous-pondéré » à  « neutre »(1) dans les portefeuilles. L’Asie représente près des trois quarts des indices de référence de ces marchés émergents. Nos investissements dans cette région favorisent un positionnement dans les secteurs qui bénéficient des perspectives favorables pour la consommation asiatique. De plus, nous avons en début d’année pris une position dans des sociétés asiatiques à petite capitalisation boursière. D’après nous, ces entreprises, de par leur nature domestique, bénéficient plus directement de l’évolution de la consommation que les multinationales.

(1) Les points de vue « surpondération », « neutre » « sous-pondération » sont d’application pour un portefeuille Medium (ou Balanced) et sont exprimés par rapport à la pondération neutre stratégique de ce portefeuille.

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