Wealth ReviewHiver 2019

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Économie mondiale en 2019 : ralentissement confirmé

Ces dernières années, l’économie mondiale a manifesté une reprise solide, cyclique et synchronisée. Cette phase est à présent terminée. Nous avions déjà clairement revu nos perspectives de croissance à la baisse l’été dernier et nous ne voyons pas de raison de les modifier à l’heure actuelle.


Hans Bevers

Chief Economist

Ces dernières années, l’économie mondiale s’est lancée dans un véritable sprint de croissance cyclique. La combinaison du rebond des prix des matières premières, d’une politique monétaire ultra-souple, de la fin de la rhétorique des économies et des mesures d’incitation prises en Chine a permis une forte relance de la croissance économique et une baisse radicale du chômage. À tel point qu’une bonne partie de la surcapacité massive qui était apparue au cours de la Grande Récession a été entretemps résorbée. Depuis l’été dernier, cependant, il est de plus en plus évident que le tableau de la croissance mondiale commence à se craqueler. En effet, les indicateurs de confiance suggèrent que la croissance ralentit et que ce ralentissement se poursuivra en 2019.

La Fed plus prudente

La situation économique américaine a connu une dynamique puissante ces dernières années. Aux deuxième et troisième trimestres, la croissance a été de près de 4 % sur base annuelle. La réforme fiscale à grande échelle du gouvernement Trump n’y est bien sûr pas étrangère. Selon les estimations, elle y aurait contribué pour environ 0,8 point de pourcentage cette année. Toutefois, l’effet est temporaire. Il serait réduit de plus de la moitié l’an prochain, et il aurait complètement disparu en 2020. Tout semble indiquer que la croissance américaine ralentira cette année. Bien que les indicateurs de confiance restent relativement forts jusqu’à nouvel ordre, un certain nombre de signaux d’avertissement peuvent être observés sur les marchés du logement et de l’automobile. Ainsi, la confiance dans l’industrie manufacturière s’améliore. Par ailleurs, la solidité du dollar commence à peser sur les exportations, mais cela n’a pas suffi à faire réellement changer l’opinion de la banque centrale américaine. La Fed a relevé les taux d’intérêt à 2,5 % en décembre, la neuvième hausse de taux depuis le début du cycle qui a débuté fin 2015, bien que J. Powell, le président de la Fed, ait récemment un peu fait machine arrière. Rompant avec les communiqués précédents, il a laissé entendre que les taux directeurs sont désormais assez proches du niveau neutre, c’est-à-dire d’un niveau où l’économie américaine n’est ni ralentie ni stimulée. La trajectoire automatique d’une hausse par trimestre cédera probablement la place à une approche un peu plus prudente tout au long de 2019, notamment parce que l’inflation semble entièrement maîtrisée.

Croissance décevante dans la zone euro

Les derniers chiffres de la zone euro sont assez décevants. Alors que la croissance a invariablement excédé les 2 % par an ces dernières années, ce chiffre a récemment chuté de façon assez marquée. Il n’y a guère eu de croissance au troisième trimestre. L’Allemagne et l’Italie ont même enregistré un léger recul. Il convient cependant de tenir compte d’un effet temporaire. En effet, la production automobile a été fortement ralentie en raison de nouvelles normes d’émission plus strictes. D’autre part, l’activité économique se replie sur une croissance plus lente, comme l’indique le graphique ci-dessous.
Bien entendu, avec les tensions commerciales mondiales, le Brexit et l’Italie, les sujets de préoccupation restent nombreux. L’Italie, principalement, reste un cas difficile. Si un accord avec la Commission européenne sur le budget est intervenu récemment, la situation reste inquiétante. La croissance stagne depuis longtemps, et les décideurs politiques actuels ne semblent pas parvenir à renverser la vapeur. Dans le contexte actuel de l’union monétaire, le pays reste vulnérable à des réactions de panique auto-entretenues sur les marchés financiers. L’association d’une croissance décevante et d’une faible inflation implique que la BCE n’est absolument pas pressée de relever les taux. La croissance des salaires a toutefois semblé s’accélérer récemment. Par le passé, cette croissance a toujours constitué un bon indicateur de l’évolution future de l’inflation de base. Concrètement, cela signifie que celle-ci va enfin augmenter un peu, mais pas suffisamment pour atteindre rapidement et durablement l’objectif de 2 % visé par la BCE.

Le ralentissement se poursuit en Chine

Depuis un certain temps, la Chine est aux prises avec un ralentissement de la croissance. La croissance du crédit, un des meilleurs indicateurs de l’activité économique, continue de s’affaiblir pour le moment. Pendant ce temps, les responsables de la politique monétaire prennent déjà des mesures pour l’assouplir, sans guère d’effet jusqu’à présent. Les tensions commerciales avec les États-Unis créent des risques supplémentaires. La rencontre entre le chef d’État américain Trump et le président chinois Xi au sommet du G20 en Argentine ainsi que leur rapprochement ont fait naître une lueur d’espoir, mais il reste à voir si les relations s’amélioreront sur le fond. Car au-delà de la balance commerciale bilatérale, c’est la lutte pour le statut de superpuissance technologique du 21e siècle qui est en jeu. Toutefois, indépendamment de l’évolution de la situation, les indicateurs avancés suggèrent déjà que le commerce mondial s’affaiblira au cours des prochains mois.

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