La conjoncture atteint-elle progressivement son sommet ?

Les marchés financiers ont été nettement plus volatils au cours de ces derniers mois. L’incertitude sur les futures hausses des taux et le risque d’escalade des tensions commerciales ont contribué à ce climat. L’impact économique reste actuellement limité.

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Hans Bevers

Chief Economist

Les volumes d’échanges augmentent, les bénéfices des entreprises sont en hausse et le chômage baisse. La combinaison d’une politique monétaire accommodante et d’une politique budgétaire neutre porte ses fruits. Toutefois, il est utile de se demander si le cycle économique n’atteint pas progressivement son sommet. Compte tenu du plafonnement de certains indicateurs de confiance et de la durée de l’expansion économique aux États-Unis, cette probabilité est certainement présente. Cependant, le temps d’une nouvelle récession n’est pas encore venu. La théorie économique suggère que la pression à la hausse des salaires et de l’inflation doit d’abord se marquer plus clairement avant de se traduire par une politique monétaire resserrée. Ce n’est pas le cas pour l’instant, raison pour laquelle les banques centrales ne sont pas pressées de serrer la bride monétaire. Selon le scénario de base, un resserrement lent, mais certain, de la politique monétaire s’annonce. Bien sûr, il existe toujours des risques. Un ralentissement de la croissance plus rapide que prévu en Chine, la valorisation élevée des actifs financiers et des marchés immobiliers dans certaines parties du monde et l’escalade des tensions commerciales peuvent faire déraper une conjoncture solide. Toutefois, penchons-nous tout d’abord sur la situation aux États-Unis et dans la zone euro.

Source : Degroof Petercam

« Selon le scénario de base, un resserrement lent, mais certain, de la politique monétaire s’annonce. »

À quelle vitesse la Réserve fédérale relève-t-elle ses taux d’intérêt ?

Après 107 mois d’expansion, les États-Unis connaissent la deuxième plus longue période de croissance économique de leur histoire. Seule la hausse ayant précédé la Grande Récession a duré plus longtemps (120 mois). Bien sûr, la prudence reste de mise face à de telles comparaisons. En effet, la récession ayant suivi la crise de 2008-09 a été plus profonde et plus longue. En outre, Janet Yellen, désormais ancienne présidente de la Réserve Fédérale, avait sans aucun doute raison lorsqu’elle a déclaré que les expansions économiques ne s’éteignent pas uniquement en raison de leur âge avancé. Dans le même temps, ce moment se rapproche automatiquement. L’aplatissement de la courbe des taux de ces dernières années tend à indiquer un ralentissement imminent de la croissance. Néanmoins, nous estimons que la probabilité d’une nouvelle récession reste faible actuellement. La réforme fiscale de Donald Trump, même si elle débouchera surtout, à terme, sur une détérioration des finances publiques et sur une hausse des inégalités, peut encore soutenir légèrement la croissance économique à brève échéance. Par ailleurs, la confiance des ménages et des entreprises reste pour le moment à un niveau élevé. Dans l’intervalle, les pressions inflationnistes sous-jacentes restent faibles. La plupart des indicateurs avancés laissent néanmoins entrevoir une hausse de l’inflation de base, qui atteint actuellement 1,5 %. Dans l’ensemble, un resserrement progressif de la politique monétaire s’annonce. En l’état actuel, il est probable que la Réserve fédérale augmentera ses taux (qui s’établissent à 1,75 % actuellement) une deuxième fois pour les porter à 2,25 %.

Zone euro : les indicateurs de confiance plafonnent

La conjoncture européenne a opéré, au cours de ces deux dernières années, un mouvement de rattrapage convaincant et se porte relativement bien actuellement. Tous les secteurs participent à cette reprise et le marché de l’emploi reprend vie. Néanmoins, il ne s’agit pas encore d’une reprise intégrale. Le chômage reste actuellement sensiblement supérieur à son niveau d’avant-crise et des disparités importantes entre pays subsistent. La confiance des ménages et des entreprises, bien qu’enregistrant toujours des niveaux appréciables, a quelque peu baissé ces derniers mois. Tout comme les anticipations d’inflation, ce que M. Draghi, président de la BCE, ne voit pas d’un bon œil. En effet, il semble que les pressions inflationnistes sous-jacentes (environ 1 % actuellement) resteront encore longtemps inférieures à l’objectif de 2 % de la BCE. Une politique monétaire resserrée n’est donc pas à l’ordre du jour pour l’instant. La BCE ne voudra pas commettre une nouvelle fois l’erreur de serrer la bride monétaire trop tôt. De surcroît, une nouvelle hausse de l’euro ne ferait que rendre l’objectif d’inflation plus difficile à atteindre. Il est encore trop tôt pour procéder à un relèvement de taux effectif. Ce relèvement ne deviendra réalité que lorsque la BCE aura mis un terme à son programme de rachat plus tard dans l’année. Le premier relèvement de taux n’interviendra donc qu’à l’été 2019, au plus tôt. Pendant ce temps, l’Italie demeure une source d’inquiétude. Moins en raison de la conjoncture, qui suit la tendance européenne générale, qu’en raison de la croissance très faible de la productivité, du taux d’endettement élevé, des nombreux crédits douteux dans le secteur bancaire et de l’incertitude autour des récentes élections.

Risques et conclusion

Depuis un certain temps déjà, le risque de tensions géopolitiques croissantes figure en bonne place sur la liste des instituts de recherche internationaux. Le président Trump ne s’est pas fait prier pour mettre les choses au point en temps utile avec les principaux partenaires commerciaux des États-Unis – à savoir la Chine et l’Europe principalement. C’est principalement l’avance de la Chine sur le plan de la technologie qui est à la source de l’ire présidentielle. Certes, l’Europe échappe provisoirement aux droits l’importation de 25 % sur l’acier et de 10 % sur l’aluminium, mais le caractère temporaire de l’exception indique que le risque subsiste. Les dirigeants européens et chinois devraient garder la tête froide. Pour autant, Xi Jinping n’est pas du genre à se plier à la volonté de son homologue américain. Néanmoins, quelques concessions limitées à l’intention de Donald Trump suffiront peut-être à faire baisser la tension. En tout état de cause, du côté chinois, une escalade est à éviter, car la plupart des indicateurs chinois laissent déjà entrevoir un ralentissement de la croissance, lequel devrait, selon nous, s’intensifier. Les dirigeants chinois sont toujours confrontés à un périlleux exercice d’équilibriste. D’une part, des mesures structurelles s’imposent pour que l’économie chinoise suive une trajectoire durable et, d’autre part, le parti communiste maintient son objectif de croissance de 6,5 %. Cette position devient de plus en plus difficile à tenir. La crainte d’un impact négatif significatif sur le reste du monde reste limitée pour l’instant. D’une manière générale, 1 % de croissance chinoise en moins réduit la croissance mondiale de 0,25 %. Globalement, nous pouvons conclure que l’économie mondiale reste performante du point de vue cyclique. Toutefois, il semble que le cycle conjoncturel atteigne peu à peu son sommet. Pour le moment, les signes laissant entrevoir un important ralentissement de la croissance ne sont pas suffisamment nombreux. En attendant, dans un contexte d’inflation modérée, les banques centrales s’en tiennent à un resserrement très progressif de leur politique monétaire.

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