Wealth ReviewPrintemps 2019

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L’automatisation ou la révolution industrielle 4.0

Qui n’a jamais entendu parler de révolution industrielle 4.0, automatisation, robotique ou intelligence artificielle (IA) ? Ces concepts sont de plus en plus employés, mais on ne sait pas vraiment de quoi il s’agit. Pour certains, une armée de robots à l’intelligence supérieure remplacera l’homme dans un avenir pas si lointain. Avant d’imaginer des fictions dignes d’Hollywood, revenons dans le passé pour mieux comprendre le présent.

Jonathan Graas

Equity Analyst

« La révolution que nous vivons aujourd’hui se base sur une multitude d’innovations, ce qui rend le concept d’industrie 4.0 complexe et puissant à la fois. »

« Là où l’entreprise créait la demande en définissant l’offre, celle-ci est aujourd’hui en partie définie par le consommateur lui-même. »

Lorsqu’on parle de révolution 4.0, cela implique l’existence de trois autres révolutions industrielles :
La première est apparue à la fin du XVIIIe siècle avec l’invention de la machine à vapeur.
La deuxième survint à la fin du XIXe siècle avec la production en masse grâce aux nouvelles sources d’énergie comme l’électricité, le gaz ou le pétrole. Cette deuxième révolution verra naître aussi de nouvelles organisations de travail avec le Fordisme et le Taylorisme.
Enfin, la troisième révolution repose sur les avancées dans le domaine de l’électronique avec l’apparition du transistor et des microprocesseurs facilitant la programmation des tâches et l’utilisation de robots ou machines automatisées.

De façon similaire aux autres révolutions industrielles, la révolution que nous vivons aujourd’hui se base sur de nouvelles technologies. A la différence près qu’il ne s’agit pas d’une nouvelle technologie bien précise, mais bien une multitude d’innovations, ce qui rend le concept d’industrie 4.0 complexe et puissant à la fois. Sur base de ce constat, attachons-nous à comprendre quels sont les enjeux et les besoins de notre société actuelle.

Une fatalité démographique ?

La raison principale de l’essor de l’automation industrielle est le risque du manque de main-d’œuvre à moyen terme, d’une part à cause du vieillissement de la population et d’autre part, du désintérêt des nouvelles générations pour les emplois manuels. D’ici 2050, la proportion mondiale de la population âgée de plus de 65 ans aura doublé. Durant ce laps de temps, la population mondiale affichera une croissance relativement faible, ce qui provoquera donc une réduction de la population en âge de travailler. Les pays les plus touchés sont les pays développés où les taux de natalité sont les plus faibles. L’utilisation de travailleurs émigrés fut la solution historique apportée au problème du manque de main-d’œuvre en usine, mais de nos jours, le vieillissement de la population à l’échelle mondiale et le besoin accru de qualifications de la main-d’œuvre en limite le recours. Le Japon est l’exemple parfait avec non seulement une population en déclin, et un vieillissement structurel. De plus, le taux d’immigration est et continue d’être très faible. Il n’est dès lors pas étonnant de voir que le Japon est un leader de l’automatisation industrielle.

Made in China, de plus en plus cher !

La mondialisation a entre autres permis aux entreprises de délocaliser leur implantation industrielle dans des pays à moindre coût salarial. Prenons le cas de l’industrie automobile : la production pour le marché américain s’est fortement délocalisée au Mexique. En Europe, les usines produisent de plus en plus à l’est du Vieux Continent. Il est économiquement plus rentable de produire dans un pays voisin ayant un coût salarial assez faible pour compenser l’augmentation des coûts de logistique, d’importation ou autres associés à la délocalisation. C’est ce que l’on appelle un arbitrage salarial.

Or, contrairement à ce qu’on l’on peut penser, les salaires augmentent relativement rapidement dans les pays en voie de développement. L’écart salarial entre les pays développés et les pays en voie de développement comme la Chine est encore important, mais en constante réduction. D’un point de vue absolu, il est toujours économiquement intéressant de produire en Chine, mais chaque année son coût augmente significativement. La récente guerre commerciale sino-américaine ou les craintes environnementales agissent comme des contrepoids à la délocalisation massive.

Pour contrer ces coûts grandissants, il existe  plusieurs solutions : produire et donc vendre plus, délocaliser vers des pays où la main-d’œuvre est encore moins chère (comme la Thaïlande ou les Philippines), ou réduire les coûts en automatisant des tâches. Les deux premières solutions ne sont pas soutenables à long terme, la croissance économique étant faible et la délocalisation ayant des limites physiques. L’automatisation semble donc la seule solution viable.

Un nouveau credo : la personnalisation de masse !

Pour la première fois de l’histoire, le consommateur joue un rôle prépondérant dans la révolution industrielle que l’on vit actuellement et est de plus en plus en interaction avec l’entreprise… Là où l’entreprise créait la demande en définissant l’offre,  l’offre est aujourd’hui en partie définie par le consommateur lui-même, qu’il s’agisse de personnaliser sa paire de lunettes ou les baskets de sa marque préférée.

Le dialogue entre le consommateur et l’entreprise est de plus en plus facile et peut se faire via différents canaux de communication et de façon quasi-immédiate. Il n’est donc pas impensable d’imaginer le consommateur créer son propre smartphone avec les composantes de son choix dans un futur proche et se le faire livrer directement à la sortie de l’usine via l’e-commerce. Pour ce faire, l’entreprise doit pouvoir être suffisamment souple dans sa chaîne de production pour s’adapter aux différents besoins des consommateurs. Or, la solution la plus flexible reste aujourd’hui le travailleur manuel. Dès lors, pour rendre flexible la production de biens tout en ayant recours à l’automatisation, le recours à de nouvelles technologies nettement plus souples et intelligentes que les machines actuelles (qui ne sont généralement conçues que pour une tâche très précise et répétitive) est indispensable.

Investir dans l’industrie 4.0 ?

Le concept de l’industrie 4.0 est très vaste et offre de nombreuses opportunités aux investisseurs. Ils peuvent d’une part choisir d’investir dans des entreprises industrielles dont les technologies d’automatisation sont matures. L’autre possibilité est de choisir des entreprises plus innovantes, mais sans doute plus risquées. Trois catégories d’innovation nous semblent particulièrement attrayantes et font déjà leurs preuves :

Les lasers

Les lasers existent depuis des décennies, mais leur performances se sont significativement améliorées ces dernières années. Leur champ d’application est très vaste (communication optique, découpage de métaux, imprimantes 3D, chirurgie, etc.) et offre des avantages incomparables de précision, rapidité et rendement énergétique.

Les outils de vision

Les outils de vision sont les super-yeux de l’industrie avec une précision allant jusqu’au nanomètre. Ils sont utilisés pour des systèmes de guidage, d’identification, d’inspection et de mesure. Grâce aux progrès de l’intelligence artificielle, ces systèmes de vision sont une nécessité absolue pour l’automation industrielle. Leur rendement sur investissement est en général très court, ce qui permet une adoption très élevée dans l’industrie.

Les robots (collaboratifs)

Les robots ne sont pas nouveaux, on en utilise déjà de nombreux dans l’industrie automobile ou électronique. Cependant, grâce notamment aux lasers, outils de visions et IA, ils deviennent de plus en plus «intelligents ou flexibles ». Une nouvelle catégorie de robots appelés Cobots (robots collaboratifs) se développent et permettent à l’homme d’interagir directement avec ceux-ci de façon sécurisée afin d’alléger certaines tâches physiquement pénibles.

L’automatisation industrielle est non seulement une nécessité pour les années à venir, mais également la porte d’accès à un changement de modèle économique où le consommateur aura une place plus importante. La crainte que le travailleur soit remplacé par des robots est une réalité, mais cela permettra la création de nouveaux emplois dans des secteurs peu ou pas représentés aujourd’hui. L’invention du tracteur il y a plus d’un siècle, si elle a diminué drastiquement le nombre de travailleurs agricoles, a permis le transfert de cette main-d’œuvre vers des nouveaux emplois dans l’industrie et les services.

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