Protectionnisme :
un éphémère soulagement

Près de dix ans après la terrifiante crise des subprimes et le choc des dettes publiques, le monde renoue avec un de ses démons : le protectionnisme. Il faut des décennies pour ouvrir les frontières, mais quelques jours suffisent à les fermer.

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Bruno Colmant

Head of Macroeconomic Research and Economic Advisor

Pourquoi ce réflexe néfaste ? Parce que la crise économique et l’absence de croissance conduisent les hommes à chercher des replis identitaires pour exorciser une mondialisation qui les inquiète. Le protectionnisme n’est d’ailleurs qu’un des indices de tensions internationales, puisque comme l’avait postulé le mythique patron de Fiat, Gianni Agnelli : « Là où les camions passent, les armées ne passent plus ».

Quelles sont les formes de protectionnisme ? L’histoire en recense plusieurs : barrières à l’entrée de biens importés sous forme de contraintes tarifaires et douanières, quotas, dépréciation d’une devise pour renchérir le prix des produits importés et stimuler les exportations, discriminations portant sur : la qualité des biens et services, l’engouement patriotique (« Buy American », « Achetez Wallon », etc.), les normes techniques et sanitaires, les contraintes en matière de contrats publics, etc.

« Là où les camions passent, les armées ne passent plus »

– GIANNI AGNELLI

Une solution de courte durée

Le protectionnisme semble intuitivement être une bonne chose, surtout s’il est conforté par une nécessité d’assurer des conditions salariales et sociales équivalentes aux biens et services produits de manière domestique ou à l’étranger. On protège temporairement des emplois locaux au détriment de l’étranger. Mais très rapidement, c’est le consom­mateur du pays qui s’engage dans le protectionnisme qui en est la victime : son pouvoir d’achat diminue et le niveau d’activité du pays (qui se croit) protégé se tasse. En effet, l’avantage des importations qu’on veut contrarier disparaît et doit être payée par le consommateur domestique. L’exemple le plus criant est Apple, dont les produits sont imaginés aux Etats-Unis, mais produits en Chine. Si la production était rapatriée aux Etats-Unis, le prix d’un IPhone augmenterait de 20 %.

Appauvrir son voisin

De surcroît, les pays qui s’engagent dans le protectionnisme partent souvent du postulat que les autres pays l’absorbent de manière passive. Or rien n’est plus faux : le protectionnisme entraîne sa propre perpétuation et sa généralisation, et aboutit souvent à des guerres des monnaies, c’est-à-dire des dévaluations compétitives. On renoue alors avec un vieil adage économique qui consiste à exprimer la recherche de sa prospérité au détriment des autres pays sous le vocable « Beggar my neighbour » (Je fais de mon voisin un mendiant). Au reste, les entreprises protégées par le protectionnisme deviennent moins performantes car elles ne sont pas confrontées à une juste mise en concurrence. Il en résulte des baisses en matière de gains de productivité et d’innovation. La variété et l’innovation des biens et des services en pâtissent.

Une économie de flux

Un autre élément doit être signalé. En effet, les vagues précédentes de protectionnisme se sont déployées dans une économie moins mondialisée qu’aujourd’hui. Or, nous vivons dans contexte très dispersé, dont la mobilité et la versatilité sont accentuées par la digitalisation croissante. L’économie n’est pas de stocks mais de flux. Et comment mettre des barrières à l’entrée des flux technologiques ou de connaissance ? On le constate : le protectionnisme est un soulagement qui confond l’immédiat et l’avenir. Le commerce international est porteur de paix et surtout de prospérité multilatérale. Y renoncer conduirait à des appauvrissements généralisés qu’il faut exorciser.

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